Un journal, d'humeur douce ordinairement, vient d'adresser une admonestation assez nerveuse à deux membres de la Faculté de médecine.

Cette feuille prétend que deux médecins, qu'il est inutile de nommer ici, chefs de service dans un hôpital dont le nom importe peu, auraient traité plus que légèrement le secret professionnel, une des mille religions des matérialistes.

Voici le fait reproché:

La scène se passe dans un hospice d'aliénés, côté des dames; les docteurs susdits ne se gêneraient en rien pour raconter aux étudiants qui suivent leurs leçons les événements qui ont amené la folie dans le cerveau de ces pauvres femmes.

Les chagrins d'amour et l'adultère règnent, dans ces histoires vraies, aussi despotiquement que dans les romans qu'on achète trois livres dix sous pour tuer un peu le temps.

Après ces orages du cœur, la mort est la pourvoyeuse la plus active des maisons de force. Des tas de pauvres femmes sont là, grimaçantes, horribles, grotesques et touchantes; les unes ont vu mourir ceux qu'elles aimaient, mères, maris, enfants, et Dieu, peut-être par miséricorde, ne leur a pas donné assez de raison pour accepter chrétiennement ses terribles arrêts.

D'autres sont folles comme la jeune fille que Sganarelle prétendait soigner était muette, c'est-à-dire sans qu'on sache pourquoi.

Eh bien, il paraîtrait que non seulement les deux docteurs livrent à la curiosité de leurs élèves les faits particuliers qui ont entraîné la folie, mais encore qu'ils appellent ces infortunées par leurs noms de famille, et leur font quelquefois des questions ridicules qui sont d'autant plus regrettables que ces intéressantes malades ont souvent des éclairs de raison.

Il est impossible d'approuver la conduite de ces médecins, si toutefois le journal dit vrai,—car le journal pourrait bien ne pas dire vrai, on a vu des choses plus extraordinaires,—mais on aurait aussi grand tort de donner à ce fait l'importance que notre grand confrère lui attribue. C'est là un manque de goût, de tact, de convenance, de délicatesse, tout ce qu'on voudra, mais le grand mot de secret professionnel n'a rien à voir en cette affaire.