Bien peu de personnes étrangères au métier peuvent pénétrer dans le sanctuaire, non que l'accès en soit difficile, la porte est grande ouverte, mais aussitôt qu'une figure inconnue apparaît, les portefeuilles se ferment, les étoiles disparaissent. A la place de trafiquants affairés au regard vif et fin, il ne reste plus que quelques juifs à l'œil éteint faisant péniblement leur partie de bezigue.

Ah! il reste aussi un Turc!

Un Turc habillé de bleu, vous ne connaissez que ça, vous savez ce Turc qui ressemble tant à Couderc de l'Opéra-Comique, mais en jaune, ce Turc qui a de si larges culottes. Eh bien, ces culottes sont pleines de diamants.

N'allez pas croire, je vous prie, que les bons juifs, marchands de pierreries, aient la moindre défiance et qu'ils craignent les voleurs. Ah! ce n'est guère cela qui les tourmente,—je vous dirai pourquoi, si j'y pense; ce qu'ils craignent, c'est de dire les véritables prix devant les profanes et surtout devant les petits bijoutiers.

L'inconnu parti, les bras s'allongent, les portefeuilles reparaissent, il n'est pas hors de propos de constater que la plupart des portefeuilles des marchands et courtiers sont en fer-blanc, et ferment à clef comme de véritables armoires.

En une minute les tables sont encombrées de paquets de papier blanc affectant la forme de ceux dans lesquels les pharmaciens mettent la rhubarbe ou le sulfate de magnésie.

Les paquets s'ouvrent, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la table et le billard sont à ce point couverts des précieux cailloux que le roi de Perse lui-même y regarderait à deux fois et que mademoiselle Duverger se trouverait mal, elle qui se trouve si bien.

C'est un étrange spectacle que de voir des vieillards sordides sortir avec tranquillité trois ou quatre millions de leur poche.

Chacun des dix mille paquets contient des brillants d'un poids égal depuis la cassure imperceptible du vitrier jusqu'au brillant gros comme un pois de Clamart un peu vieux.