La Marquise prenait son parti en brave, elle allait soupirer dans le «vallon solitaire» passant ses jours à contempler dans le miroir, dit un écrivain du temps, «ses oisifs appas».
Le marquis qui n'avait rien à contempler se contentait de se livrer à d'inutiles regrets.
Il regrettait son or laissé au tapis-vert ou sur le bonheur-du-jour de l'incomparable Rosette, la perle du ballet ou de la comédie.
Marquis et marquise se chamaillaient souvent et s'aimaient quelquefois, ne fût-ce que pour passer le temps.
La marquise baptisait des cloches et les marmots de ses fermiers, couronnait des rosières, le Chevalier venait exprès pour ces cérémonies. Le Marquis, lui, chassait et ne couronnait rien.
Le soir, en compagnie du curé du village et de l'aumônier du château, on jouait au boston ou à la bête hombrée, des pièces de douze sous qu'on défendait avec âpreté tout en devisant sur «l'inclémence de la saison».
Venait enfin le jour où l'intendant annonçait d'un air triomphant que la brèche était réparée, que les créanciers, jadis furieux et exigeants, devenaient souples et rampants, et la berline de l'émigré volontaire reprenait le chemin de la rue du Bac au magique ruisseau.
Aujourd'hui, une famille endettée ne pourrait pas aussi sagement réparer ses folies. On ne permet à personne d'être gêné.
Tout le monde est gêné, mais nul ne doit paraître dans la gêne, sous peine d'être rayé du grand livre du monde parisien.
Aussi l'on va, l'on va quand même, l'on va toujours; toujours, non, on va jusqu'à la ruine.