Un séjour plus ou moins long à la campagne ne saurait rien réparer, par cette bonne raison que la terre ne rapporte que 3 pour 100 au plus et que les gens qui possèdent un million en terre sont très rares, un ou deux par département, mettons-en trois et n'en parlons plus. Eh bien, comment se refaire, je vous prie, avec une rente de 30,000 fr.? C'est à peine ce qu'il faut pour manger à Orbec ou à Chinon.
Il y a les biens de ville, il y a encore les valeurs mobilières, je n'en disconviens pas; mais lorsqu'on songe à réparer la fameuse brèche déjà nommée, les biens sont hypothéqués et les valeurs mobilières légèrement entamées. Se refaire est donc de toute impossibilité. Le salut n'est possible que dans des entreprises hasardeuses, à moins que le hasard lui-même ne se charge de tout.
Au faubourg Saint-Germain, ce hasard s'appelle la Providence.
La Providence sauve tous les ans une vingtaine de familles engagées dans le fatal engrenage de la gêne en leur envoyant un deuil.
Quand une famille ne sait plus à quel saint se vouer, elle se résigne et attend son deuil en souriant.
Ne croyez pas qu'ici le mot deuil signifie héritage, cela serait odieux. Un deuil, c'est un deuil, pas autre chose.
Une vieille demoiselle de Raseville, que personne ne connaît, que ses parents n'ont jamais vue, meurt dans un couvent du Poitou, sans laisser une obole. C'est un deuil pour tous les Raseville et leur parenté.
Un vieux M. de Clamont meurt en Dauphiné, laissant pour tout potage mille écus de revenus à sa gouvernante. C'est un deuil pour tous les Clamont et leurs alliés.
La mort de ces deux vieillards, qui ne laissent rien, sauve dix familles.
Ces dix familles Clamont et Raseville prennent le deuil et ferment leurs portes. Plus de dîners, plus de bals, plus de spectacles, plus de toilettes pour le monde, plus d'équipages pour les réunions publiques; soixante mille francs d'économies par famille. Si ça ne sauve pas, ça bouche toujours un trou.