Apercevant un citoyen à bonnet à poil, d'une fort belle prestance, il lui adressa la parole avec infiniment de bonté.
Le citoyen en bonnet à poil était marchand de vin, comme doit être tout Bordelais qui se respecte. Un rêve d'or traversa son cerveau, et, sans autre forme de procès, il se mit à faire l'article au roi.
—Oui, Sire, s'écria-t-il, je puis dire avec fierté qu'il n'y en a pas un dans Bordeaux capable de vous servir comme moi. J'achète directement du baron de Brane et de M. Aguado; pas une pièce, pas une bouteille qui ne sorte de chez moi sans porter ma marque. Vous goûterez, ça ne vous engage à rien; si ça vous convient, vous payerez quand vous voudrez. J'ai confiance en vous, moi.
Un autre Bordelais, aussi marchand de vin que le premier, mais mieux élevé sans doute, comprenant l'inconvenance de son compatriote, voulut rompre les chiens, et, après avoir poussé le coude à son ami, il s'avança et, d'un air plein de grâce gasconne, la grâce la plus épanouie qui soit au monde, il demanda au roi:
—Eh! donc, Sire, n'aurons-nous pas le plaisir de déposer nos respects aux pieds de votre femme?
—Mon Dieu, non, répondit le roi en souriant; elle est obligée, ce soir, de garder la maison.
A quelque temps de là, nouvel attentat;—on tirait sur le roi comme si la poudre n'eût rien coûté;—nouvelles députations, nouveaux gardes nationaux, nouveaux conseillers généraux et municipaux.
Parmi ces derniers, le président du conseil municipal d'un canton de l'Orne se fit remarquer par un discours assez proprement récité.
Le roi s'approche de l'orateur, le félicite à son tour, s'enquiert des besoins de sa commune et termine son compliment par ces mots:
—Nous désirons vous avoir à dîner mardi.