Les Parisiens sont toujours les mêmes.

Quoi! un roi part de l'extrême Orient pour venir tendre la main aux peuples d'Occident, et l'on ne trouve rien de mieux, pour reconnaître cette avance faite à la civilisation européenne, que de défiler l'un après l'autre cet horrible chapelet de vieux calembours qui illustrèrent les chansonnettes de Meyer et de Levassor. Rebuts d'almanachs et d'anas qui n'ont plus de charmes pour les portiers.

«Pour venir en France, le shah aurait dû attendre la mi-août.»

«Le shah ira à l'Opéra-Comique entendre madame Carvalho-Miolant.»

«Si le shah va à l'opéra les rats n'ont qu'à bien se tenir.»

«On prétend que l'Opéra va donner une représentation de gala. Tout au contraire du proverbe, les rats danseront, parce que le shah y sera.»

C'est charmant. Voilà des échantillons qui donnent plutôt une idée du mal de mer que de l'esprit français.

Heureusement, le shah n'entend pas le français. Cela lui évitera la peine d'entendre la plaisanterie.

Au commencement du siècle, un Français, nommé Boredon, natif de Montauban, fut pris de la manie des voyages. Tailleur de son métier et n'ayant pas grand argent, il fit de véritables tours de force pour satisfaire sa passion. Il s'embarqua à Marseille, vécut assez misérablement, et, enfin, arriva en Perse dans un état de détresse inimaginable.