Colline eut trois mois de tranquillité, il pensa avoir terrassé l'infâme Malenson.
Il y avait du vrai dans cette supposition. Malenson avait parlé à sa femme de l'horrible prédiction de l'étudiant, et le couple était troublé. Cette horrible perspective de dormir pendant l'éternité sous un gazon ridicule l'effrayait au delà de toute expression.
Colline était heureux, son hôte ne bronchait plus. Malheureusement, il vint dans l'idée du jeune médecin que la gymnastique était absolument nécessaire à la santé de l'homme, et il établit un gymnase dans sa chambre.
Ce gymnase peu compliqué se composait d'un simple trapèze.
Quand Colline voulut opérer lui-même, il fut forcé de reconnaître qu'il avait mal pris ses mesures; manquant tout à fait d'espace, il dut ouvrir sa fenêtre.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, Colline devenait d'une belle force, et il ne désespérait pas d'égaler un jour le fameux Léotard.
Malheureusement un passant ayant levé les yeux aperçut deux pieds qui se balançaient dans l'espace avec une régularité désespérante.
Cinq minutes après, la rue Saint-Jacques tout entière considérait le singulier spectacle qu'offrait cette paire de pieds sortant d'un fenêtre du sixième étage pour se balancer dans l'espace.
La police arriva, et, au lieu de décrocher un pendu, comme elle s'y attendait, elle dérangea le plus inoffensif des hommes dans la plus douce des distractions.
—Pour cette fois, dit le brigadier des sergents de ville, je ne dis rien, mais que ça ne vous arrive plus, sans ça je verbalise.