En compagnie du pauvre Barbara, dit Barbemuche, qui jouait le premier violon, de Champfleury qui jouait du violoncelle, il s'était réservé l'alto, instrument difficile et ingrat. Schann s'était mis dans l'idée de résoudre le problème impossible d'exécuter un quatuor à trois.
Chaque soir, les trois artistes exécutaient avec rage, les fenêtres ouvertes, les symphonies les plus étourdissantes; mais, à leur grand déplaisir, aucune foule idolâtre ne s'assemblait sous leur fenêtre.
Ce que Schann eût donné pour entendre les passants applaudir, comme applaudissaient les gondoliers de Venise en écoutant les psaumes de Marcello, est inimaginable; mais le Cloître était désert, toujours désert.
Désert n'est peut-être pas le mot; chaque soir, un homme, un seul, il est vrai qu'il était ivre comme la bourrique à Robespierre, venait danser, au son de la musique bohémienne, devant un arbre de la liberté, que les frères et amis venaient de planter quelques mois auparavant.
La musique dura trois mois; l'ivrogne vint quatre-vingt-dix fois se trémousser devant l'arbre de la liberté, pareil au roi David qui dansait devant l'arche. Ce résultat ridicule dégoûta les virtuoses, qui abandonnèrent la partie.
Schann, qui est un esprit droit, comprit bien vite que le bonheur de faire danser un ivrogne n'est pas le sort le plus beau, le plus digne d'envie, et, sans tambour ni trompette, il revint sous le toit paternel apportant son inaltérable bonne humeur, ce qui ne gâte rien.
Aujourd'hui Schann gagne beaucoup d'argent; il emploie une centaine d'ouvriers, et mettant au service de son commerce son goût et ses réelles qualités d'artiste, il a poussé aux dernières limites de la perfection une de ces intéressantes industries parisiennes qui rendent les autres pays jaloux.
Il y a un an environ, j'étais en quête d'un joujou destiné à égayer un adorable petit être qu'une fluxion de poitrine clouait au lit.
J'entrais chez le marchand de jouets du passage de l'Opéra.
—Je voudrais, dis-je, un joli joujou pour un enfant malade.