Mürger s'était peint lui-même dans le personnage de Rodolphe et il faut bien avouer qu'il ne s'est pas fait ressemblant, heureusement pour lui.

Vous savez le proverbe: «On ne se voit pas.»

La physionomie la plus sympathique de la Bohême est sans contredit celle de Schaunard; Schann de son vrai nom.

Ce bohème, d'une insouciance folle et d'une gaieté sans pareille, appartenait à une bonne famille, et plus d'une fois la Bohême dîna des reliefs dérobés par lui dans la cuisine paternelle.

Schann était le grand pourvoyeur.

Quant il échouait dans ses tentatives hasardeuses, il remplaçait le dîner absent par des mots pleins d'esprit et de gaieté.

Schann faisait des mots sans s'en douter, comme M. Jourdain faisait de la prose, ce qui rendait son esprit charmant, comme tous les esprits dépourvus de prétentions.

Schann était peintre ou croyait l'être, ce qui revient au même. Il était également musicien. Je n'ai jamais vu aucun tableau de lui, mais il me souvient d'avoir entendu de charmantes mélodies échappées de son cerveau, entre autres les Amours de Rose et le Mariage dans les blés.

Schann habitait au cloître Saint-Benoît, et il avait fondé des concerts, véritable musique de chambre.