—Ce n'est pas une plaisanterie, dit le baron Élizé de M..., intervenant dans la conversation; la preuve, c'est que M. de C... vient de partir pour demander à Naundorff s'il accepterait le drapeau tricolore.


JULES JANIN

Un grand deuil est aussi venu affliger la famille des lettres. Il ne s'agit pas d'une mort, Dieu merci, mais tout simplement d'une retraite. Janin, Jules Janin, le prince des critiques et le roi des honnêtes lettrés, quitte le journalisme. Que ferons-nous de nos lundis?

Depuis plus de quarante ans, cet esprit aimable parmi les plus aimables, publiait dans les Débats un feuilleton qui faisait la joie des délicats et l'honneur des gens de notre profession.

Tout le monde connaît cette critique douce, fine, vivace, pleine d'aperçus savants, de bonté et de justice.

Tout le monde a apprécié cette forme originale du maître, forme élégante et bien à lui, musique adorable d'originalité et de grandeur.

Le maître se retire sous sa tente pour penser, tranquille; mais, plus heureux que Coriolan, il se relire vainqueur; il n'a voulu attendre ni l'accablement des ans, ni le voile qui obscurcit les meilleurs esprits; il part, sinon dans la force de l'âge, du moins dans toute la force de l'esprit.

Janin est un de ces illustres à qui l'on ne peut dire au revoir, car ils ne s'en vont jamais. Quand l'heure suprême sonnera pour lui, il ne partira pas davantage. Il restera comme Montaigne et comme Rabelais, les deux plus grands hommes en l'art de penser et en l'art d'écrire.