EDMOND VIELLOT
Un très bon garçon.
Tout Paris le connaissait, il s'appelait Edmond Viellot. C'était une nature douce, honnête et timide, serviable et désintéressée.
La façon dont il entra chez Dumas mérite d'être citée.
Dumas demeurait alors rue Bleue; c'était en 1847. Monte-Cristo et les Mousquetaires venaient de faire fureur, et tous les journaux de Paris cherchaient à arracher au Siècle l'illustre romancier qui faisait sa gloire.
Dumas, en manches de chemise, abattait la besogne que Maquet et autres préparaient pour lui. Dumas était obligé de recopier jusqu'à la ligne la plus insignifiante, le rédacteur en chef ayant déclaré qu'il n'accepterait la copie que lorsqu'elle serait de la main de Dumas lui-même, sachant bien que le cher grand homme ne copierait jamais les autres et serait ainsi forcé de donner du sien.
Or, un matin qu'on était dans le coup de feu, on ne prit pas le temps de se mettre à table. Celui qui devait plus tard faire un dictionnaire de cuisine de mille pages déjeuna ce jour-là de menue charcuterie.
En coupant un morceau de galantine, il poussa un cri, s'empara de la feuille de papier qui l'enveloppait, et, l'ayant regardée, il s'écria:
—Voici mes autographes chez le charcutier. Ce que c'est que la gloire!
Le grand romancier se trompait; le papier graisseux n'était pas un autographe de lui. Bocage et Philibert Audebrand l'avaient examiné: c'était un mémoire d'entrepreneur de bâtiment.