—Brave garçon, fit le vieux Breton, essuyant ses yeux. Grands cœurs, ces Olivarès!

Louis d'Avyl, appréhendant le réveil du duc, s'empressa de s'habiller, et, prétextant ne pouvoir manquer le cours, il s'éclipsa, laissant son père avec le dormeur.

Que se passa-t-il entre le duc et le président? Nul ne le sut jamais. Ce qui est certain, c'est que, vers les onze heures, le duc, splendidement vêtu de la tête aux pieds, sortait de la Belle-Jardinière, et allait déjeuner en compagnie du magistrat, son hôte, dans un restaurant du Palais-Royal.—On remarqua qu'il demanda dix-sept fois du pain.

Tromper un père, cultivateur à Beuvron, un marchand de cuirs à Privas, un propriétaire à Landernau, cela n'a rien de bien extraordinaire; mais mettre dedans un magistrat qui a été juge d'instruction, on avouera que ce n'est pas chose facile; le quartier Latin poussa un éclat de rire qui fit trembler Paris.

Les petits journaux du temps racontèrent l'histoire, et le président, pas content du tout, lança l'anathème sur son fils.

Quelques amis conseillèrent à Louis d'Avyl de se mettre dans l'industrie, de devenir un homme sérieux, afin d'apaiser la colère paternelle. Il eut la faiblesse de suivre ce conseil.

La colère paternelle s'apaisa, l'industrie ne s'apaisa pas. Elle ne voulut jamais sourire à ce brave rêveur qui, n'ayant pu devenir ni homme de lettres, ni avocat, la prenait comme pis aller.

Après dix ans d'une lutte acharnée, d'Avyl jeta le grand-livre aux orties et s'en alla, dans la forêt de Fontainebleau, s'enfermer dans une petite maison ombragée de vignes et de lierre, en attendant la Muse.

La Muse vint. Peut-être le petit enfant du poète Charles Bataille, que d'Avyl avait recueilli à la mort de son père, ne fut-il pas étranger à cette visite.

Ah! comme elle fut choyée, la chère Muse insouciante! si choyée, qu'elle s'établit dans l'endroit.