Ah! qu'ils sont tristes et amusants, ces récits de la tranchée! Un jour peut-être, on racontera l'histoire de ces nuits si longues et si terribles passées sous la mitraille prussienne par un froid tel que lorsqu'un homme mourait, on ne savait s'il était mort d'un éclat d'obus, de froid ou de faim; il était mort, cela suffisait de reste.

Ne croyez pas pourtant qu'en dehors de la situation cela fût plus triste qu'autre chose; mon Dieu non, au contraire. Parfois même un formidable éclat de rire sortait des entrailles de la terre, et l'officier de ronde, habitué à cette musique qui couvrait quelquefois le bruit du canon, l'officier disait:

—Allons bon, voilà encore le citoyen Bénassit qui raconte une fable.

Le citoyen Bénassit est un peintre qui aurait infiniment de talent s'il n'avait pas tant d'esprit;—je ne suis pas fâché de lui jeter cette injure à la face.

Bénassit est de Bordeaux, né, je crois, d'une mère anglaise, si bien qu'il raconte un Lafontaine qu'il a arrangé à sa guise avec un accent, trempé dans la Garonne et dans la Tamise, de l'effet le plus pittoresque.

Ses fables ont un avantage sur celles du bonhomme, en ce sens qu'elles sont en prose.

En voici un échantillon:

«LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

«Autrefois le rat de ville

»Invita le rat des champs