Cependant que les partis se disputent le pouvoir, une reine vient de mourir sans que personne y prenne autrement garde.

Oui, une reine, qui avait eu une couronne, une reine qui avait vu à ses pieds, qui étaient très petits, toutes les castes assemblées.

Elle avait vu la noblesse l'encenser, la magistrature fléchir le genou devant elle. Elle avait usé de l'armée plus que princesse au monde. Il faut bien avouer que si le clergé était resté froid, le peuple l'avait acclamée bien souvent.

Elle était arrivée au pouvoir par la grâce de Dieu et la volonté nationale.

Elle avait régné sans opposition.

Il arriva pourtant qu'un jour la noblesse, l'armée, les parlements, tout l'abandonna à la fois.

Elle fit son appel au peuple, mais le peuple ne se rendit pas dans ses comices, et son pouvoir tomba devant les abstentions des conservateurs, gens ainsi nommés parce qu'ils ne savent rien conserver.

Sa pauvre Majesté végéta pendant trente ans, cherchant à retrouver un sceptre qu'elle ne croyait qu'égaré, et qui était bien perdu.

Enfin, pauvre et honteuse, elle alla mourir dans un bouge garni, comme Napoléon mourut à Sainte-Hélène, avec cette différence pourtant que Montholon et Bertrand lui manquèrent absolument.

C'est qu'il faut avoir été un bien grand homme ou avoir eu un bien grand cœur pour que deux amis vous suivent sur un rocher.