Eh bien, à Paris, on ne sait ni rire, ni pleurer, ni louer, ni admirer, sans que la claque donne le signal.

Tout le monde applaudit, mais personne ne veut commencer.

Bien des artistes en renom passeraient inaperçus, si la claque ne faisait pas leur entrée. L'actrice la plus à la mode, la plus gâtée, la plus fière, celle qui traite les princes comme des palefreniers, les simples gentilshommes comme des garçons coiffeurs, et quelquefois aussi des garçons coiffeurs comme des gentilshommes, celle-là, aussi fière et aussi capricieuse qu'elle soit, est toujours douce et polie avec son chef de claque; elle sait bien que sans lui elle n'étrennerait pas.

Elle sait aussi que s'il voulait bien, sa rivale ferait vite des progrès dans l'esprit du public.

Une artiste a beau être l'idole du public et de son directeur dont elle emplit la caisse, elle a beau avoir du talent et faire beaucoup d'argent, elle est obligée d'être bien avec le chef de claque.

S'il en était autrement, le chef ne ferait ni plus ni moins, elle aurait absolument son compte, mais rien que son compte, et ce ne serait pas assez.

Sans compter qu'un jour elle pourrait être mal disposée, chanter faux, manquer de mémoire, avoir enfin un de ces mille accidents dont les planches sont émaillées, si la claque ne la repêche point, elle est perdue.

Le chef de claque assiste aux répétitions et donne parfois son avis, qui est toujours écouté.