Les intimes, leur nom l'indique, sont des familiers sur lesquels on peut compter.

Ils sont au rendez-vous dans un café voisin du théâtre, où ils sont forcés de consommer au moins un petit verre ou tout au moins de le payer.

Ceux-ci sont sûrs d'être admis. Ce sont des soldats aguerris qui ont vu le feu plus d'une fois, des hommes dévoués dont l'enthousiasme ne boude jamais et que l'admiration qu'ils éprouvent pour leurs artistes pousserait depuis les hurlements jusqu'aux coups de poing inclusivement.

En 1852, un intime se battit en duel pour madame Ugalde qui ne s'est probablement jamais doutée de ce dévouement inconnu et désintéressé.

Il se battit à l'épée et désarma son adversaire.

—Avouez, s'écria-t-il, en posant son pied sur l'épée tombée, qu'elle chante mieux que madame Cabel, et il ne vous sera rien fait.

—Jamais de la vie, répondit l'autre.

Le vainqueur réfléchit et dit gravement.

—Si je ne vous tue pas, c'est que ça me ferait avoir des affaires et que d'ailleurs vous n'êtes qu'un propre à rien.

L'habitué ne vient pas tous les soirs comme l'intime. Il se contente de deux ou trois soirées par mois; aussi est-il, non seulement forcé de prendre le petit verre, mais encore de payer sa place dont le prix varie depuis cinquante centimes jusqu'à deux francs, suivant la pièce.