—C'est vrai, je n'avais pas songé à cela.
—Sans compter qu'il y en a beaucoup qui ne sont pas sympathiques; et puis nous n'avons pas de chance. Tenez, voici Bazaine; il aurait dû se rompre le cou cent fois pour une; eh bien, non, il s'en tire.
—Oserais-je vous demander si c'est votre mari qui a inventé cette profession?
—Pas tout à fait; le véritable inventeur, l'initiateur, comme dit M. de Foy, ce fut Jules Lecomte, le chroniqueur. Quand Rachel fut envoyée à Cannes par les médecins, parce qu'elle avait un poumon offensé, il pensa qu'elle n'en reviendrait pas, et il prépara son «article». Le midi de la France n'ayant rien fait, on envoya la grande tragédienne en Égypte. Jules Lecomte perfectionna. Enfin elle mourut. Ayant appris sa mort un des premiers, il porta son article au Figaro, qui n'était alors qu'un petit journal. M. de Villemessant comprit; il n'est pas long à comprendre, celui-là, il gratta ses tiroirs et donna cinq cents francs à Lecomte.
Jouvin dit à Mürger:
«—Mon-beau père est devenu fou.»
Et Villemot, qui ne gagnait alors que cent francs par mois au Figaro, s'écria:
«—Ce Jules Lecomte, quelle canaille!»
Le Figaro tira à vingt mille: personne ne voulait croire à un pareil succès. Mon mari, qui était l'ami du père Brégand, le portier du Figaro, apprit par lui l'histoire et pensa qu'il y avait quelque chose à faire; il quitta la quincaillerie, elle ne lui offrait que des horizons bornés, et il commença son cabinet, qui, aujourd'hui, a une valeur réelle.
—Je vous crois sans peine; et avez-vous en vue quelque bon mort.