J'étonnerais beaucoup de jolies Parisiennes si je leur affirmais que tout là-bas, à l'autre bout de Paris, il y a un bois magnifique qui ne le cède en rien au bois de Boulogne.

Ce bois s'appelle le bois de Vincennes.

Ce n'est plus le bois où l'on assassinait la nuit et qui, le jour, servait de lieu de pèlerinage aux grisettes de Paul de Kock.

Les petits bourgeois du Marais, qui sont devenus des rentiers et des commerçants du faubourg, y vont bien encore le dimanche, mais ils n'y mangent plus sur l'herbe «le veau béni de la gaieté»; ils hantent les restaurants; c'est moins gai, plus cher, mais plus commode.

Non; c'est un autre bois que l'empereur Napoléon III, après avoir achevé le bois de Boulogne, improvisa pour son bon peuple des faubourgs.

Un instant, le bois nouveau fut à la mode; on y avait placé un champ de course; il n'était pas juste, n'est-ce pas, que ce bon peuple des faubourgs fût privé d'un hippodrome. Il faut bien éclairer les masses en les amusant.

Je ne sais si les masses s'amusèrent beaucoup en voyant la grand-père de Mignonnette arriver bon premier; mais il me souvient que si les masses ne s'amusèrent point, elles furent éclairées tout de suite, et qu'aussitôt éclairées elles prirent la boue du chemin et en couvrirent les voitures de mesdames Gredinette, Fille du Jour, et autres demoiselles, leurs sœurs, dont le luxe insolent leur déplaisait.

C'était barbare; mais aussi quelle diable d'idée de vouloir éclairer les masses en les amusant.

Cette brutalité décida du sort du nouveau bois; ces demoiselles déclarèrent qu'elles n'y mettraient plus les pieds, et les entrepreneurs de courses, en gens bien avisés, fermèrent la barrière.