Le bois transformé reprit sa première manière, et seulement le dimanche les éclats de rire de ceux qui ont peiné durant six jours et des nuits viennent seuls troubler le silence des «doux bocages».

Autour du bois on a tracé d'immenses et belles avenues qui, un jour peut-être, seront fort peuplées; en attendant, on y rencontre quelques villas dont les briques rouges et les toitures d'ardoises jettent des taches agréables dans l'horizon vert.

L'une d'elles se distingue par son apparence absolument bourgeoise. La façade, illustrée d'un perron prétentieux et d'un balcon à jour, est appuyée de deux pavillons bourgeois. La grille est bourgeoise, et comme si tout cela ne suffisait pas à établir son identité, on aperçoit dans une manière de jardin anglais un bassin où le pauvre petit général Dol aurait pu canoter, s'il n'était pas mort si vite et s'il n'avait pas craint de briser son frêle esquif contre les anfractuosités capitonnées d'un rocher artificiel.

O rocher artificiel! doux dada du bourgeois voltairien, je vous aime, parce que vous prouvez bien que l'âme naïve de celui qui vous fait «construire» vogue à pleine voile sur l'océan du progrès.

O Marius Prudhomme, mon digne ami, vous avez beau devenir radical, tant que vous ferez «construire» des rochers artificiels, vous ne serez pas dangereux.

A ce rocher artificiel s'arrête le bourgeoisisme de l'endroit. Les hôtes de cette demeure, qui ne sont que de simples locataires, semblent dépaysés dans cette villa.

Ce ne sont pas des bourgeois; leur simplicité le prouverait, si leur parfaite distinction pouvait laisser le moindre doute.

Ce qu'ils semblent aimer au-dessus de tout, ces hôtes mystérieux, c'est le silence; les domestiques marchent comme des ombres et les chevaux, comme s'ils comprenaient la volonté du maître, remuent leurs jambes fines sans que leurs sabots corrects et luisants fassent crier le sable des allées.

Le matin à huit heures, dans l'après-midi à deux heures, la maîtresse du logis, une jeune femme à la physionomie douce et triste, à la taille élégante, sort à cheval et rentre deux heures après.

Le maître, lui, ne sort pas régulièrement; parfois on le voit se promener lentement suivi d'un chien, ami rare et fidèle, qu'il semble aimer beaucoup. Sa démarche est régulière comme celle des gens qui ne craignent pas le passé et vont sans enthousiasme vers l'avenir; son regard est profond et doux, mais il ne se fixe nulle part. Quoique jeune, il inspire un grand respect aux gens du quartier qui s'écartent pour le laisser passer et qui arrêtent leur conversation commencée pour ne pas troubler ses réflexions du bruit de leur voix faubourienne.