Aimez-vous la vertu? on en a mis partout.
Il pleut des rosières.
Autrefois, Nanterre et Salency avaient seuls conservé le doux privilège de couronner l'innocence; aujourd'hui, tout le monde s'en mêle, et tout le monde fait bien.
Suresnes, Enghien, et même les Batignolles, veulent avoir leur vertu, il n'y a pas de mal à cela.
Qui ne connaît Nanterre, le vieux village de la douce Geneviève qui protège Paris? Ah! l'heureux village! Il possède à lui seul de quoi illustrer vingt bourgs; il a la vertu, il a ses gâteaux, il a sa charcuterie; c'est de son sein que s'exportent à Paris tous les boudins de Nancy, chers aux commis et aux clercs d'huissiers, il a tout, sans en être plus fier.
Qui ne connaît Salency, illustré par Théodore Le Clercq? Qui ne connaît Suresnes, illustré par son vin, ami sûr, mais si perfide?
Tout le monde connaît ces villages bénis du ciel et du petit commerce parisien, mais qui peut se vanter de connaître les Batignolles?
A coup sûr, ce n'est pas moi qui afficherai une semblable prétention; tout ce que je puis vous dire, c'est que j'ai connu autrefois un vieux bonhomme, qui aujourd'hui aurait plus de cent ans, lequel m'a affirmé avoir vu les Batignolles ne possédant qu'une unique rue, la rue des Dames, et il ajoutait en souriant avec la satisfaction inconsciente des vieillards:
—La rue des Dames y était bien, mais c'étaient les dames qui n'y étaient pas.
Le pauvre Félix Pigeory, mon ami et mon patron à la Revue des beaux-arts, était enfant du quartier Clichy; il est mort dernièrement à soixante ans à peine. Vingt fois je lui ai entendu raconter que rien n'était plus facile que de compter les maisons de la rue des Martyrs à la rue du Rocher. Le quartier de la Nouvelle-Athènes, on n'y pensait pas: de Tivoli au boulevard Malesherbes, c'était la plaine ou à peu près.