—Qui veut acheter un bon peintre? demandait l'un.—J'ai un banquier à vendre, disait l'autre.—Je céderais une veuve pour un jeune homme dévot ou contre une actrice superstitieuse.
Le métier de mendiant n'est pas aussi facile qu'on le pourrait croire et le mancheur qui frapperait à des portes inconnues risquerait fort de ne rien avoir.
Depuis le mendiant que Sterne rencontra dans le passage du Pont-Neuf et qui prenait les femmes par la flatterie, cette industrie a fait de grands progrès.
Les gens qui donnent sont connus, l'association sait leur fortune, leurs vertus, leurs vices et elle spécule là-dessus.
Les membres de l'association se vendent des clients, par cette bonne raison qu'un bon cœur ne se lasse jamais de donner, mais qu'il se fatigue souvent de donner au même individu.
Une dame, veuve d'un agent de change, avait un fils unique, âgé de vingt-trois ans, qui mourut d'une fluxion de poitrine. La pauvre mère aimait ce fils à l'idolâtrie et pensa mourir elle-même.
Un matin, un individu se présente chez elle et la supplie de lui trouver une place; la bonne dame s'excuse, dit qu'elle n'a plus de relations et congédie le solliciteur.
Au moment de sortir, celui-ci lui dit d'un air navré:
—Pardonnez-moi, madame, de vous avoir dérangée; je suis bien malheureux, j'espérais bien ne plus avoir à travailler pour gagner mon pain, j'avais un fils qui ne me laissait manquer de rien, je l'ai perdu; il est mort d'une fluxion de poitrine, il n'avait que vingt-trois ans.
La pauvre mère, frappée de la similitude, pleura avec le faux père et vint à son secours; cela dura longtemps.