Eh bien, c'est tout simplement honteux. Il est une loi qui interdit la mendicité à domicile comme sur la voie publique, pourquoi ne l'applique-t-on pas avec sévérité?

Certes, un pauvre diable est excusable, jusqu'à un certain point, lorsqu'il adresse une supplique à un homme riche et charitable, et il est peut-être humain de fermer les yeux. Mais tout le monde sait et comprend que ces mendiants, qui ne travaillent que chez les princes de passage, ne sont pas de vrais pauvres, et qu'en débarrasser les princes et même les simples étrangers, serait une œuvre méritoire.

Les faux pauvres sont, à Paris, plus nombreux qu'on ne le pense, et rien n'est plus tristement curieux à étudier que cette caste qui, admirablement organisée, a élevé la mendicité à la hauteur d'une institution.

Elle a ses chefs, ses protecteurs, ses bureaux de renseignements, et je ne serais pas étonné qu'elle ne possédât aussi une caisse de secours mutuels.

Mendier, dans cette société, s'appelle faire la manche. D'où vient cette expression? J'ignore son origine, que j'ai vainement cherchée dans le dictionnaire excentrique de mon éminent confrère Lorédan Larchey.

Autrefois (et peut-être encore aujourd'hui) les sept ou huit cents individus qui «faisaient la manche» se réunissaient au passage Brady, au faubourg Saint-Denis.

Il y avait, non loin de là, un hôtel où logeaient les célibataires malheureux qui n'avaient pas de meubles à eux.

L'association les nourrissait, à la charge par eux de copier les lettres destinées aux cœurs généreux.

Ces lettres, écrites par milliers, variaient suivant sept ou huit formules qui, elles, ne variaient jamais.

Les mancheurs achetaient ces lettres suivant les besoins de leur clientèle. Non seulement ils achetaient des lettres, mais aussi des clients.