TABLEAUX VIVANTS
En France, les tableaux vivants ont une très mauvaise réputation.
Les premiers se montrèrent sous le Régent, et les mémoires du temps, sans en défendre la vue aux pensionnats de demoiselles, donnent suffisamment à comprendre que ce spectacle n'était pas dédié à la jeunesse.
Les derniers furent ceux du passage Saulnier, dont il est fort difficile de parler, parce que personne ne les a vus excepté la police qui, comme on sait, a un œil partout.
Cet œil, ce jour-là ne fut pas favorable, paraît-il, car l'établissement fut fermé.
Malgré la mauvaise réputation de ce spectacle, ces tableaux ont été en faveur dans le grand monde parisien. Plus d'une belle patricienne ne craignit pas de prêter ses traits à quelque déesse des tableaux de Prudhon.
La vogue ne se soutint pas longtemps. Si rien n'est plus gracieux qu'un tableau de maître bien reproduit par des êtres vivants, rien n'est plus difficile à exécuter et l'effet produit n'est pas suffisant pour payer tant de peine.
Il faut d'abord faire construire une grande roue en fer qui tourne lentement et sans bruit. C'est très cher, très embarrassant, et ça abîme beaucoup les appartements.
La roue construite, il faut trouver des gens qui ressemblent au moins de loin aux personnages du tableau choisi.