Ce galant homme possédait, je ne dirai pas un défaut, encore moins un vice; c'était quelque chose de bien plus grave: il était affligé d'une disgrâce assez singulière: il ne savait pas discerner de quel côté venait le vent.

De prime abord on se rend difficilement compte de l'effet qu'une aussi naïve ignorance peut produire sur une destinée. M. de La Tour-Villiers en fit la triste expérience.

En sortant du collège de Poitiers, où il avait fait d'excellentes études, il fut présenté dans le monde; son apparition fit même sensation. A Poitiers, comme partout où il y a des demoiselles à marier, un jeune monsieur titré et riche ne laisse pas que de produire un certain effet.

Pendant quelque temps tout allait pour le mieux dans la meilleure des petites villes, lorsque M. de La Tour-Villiers fut invité à aller chasser chez un châtelain de son voisinage; quelques loups échappés du Limousin avaient fait invasion dans la patrie du célèbre Jacques du Fouilloux, grand chasseur devant l'Éternel et grand maître en l'art d'écrire et deviser sur faits de vénerie.

Le matin, on distribua les places, en recommandant aux chasseurs d'appuyer à gauche ou à droite, dans le cas fort probable où le vent viendrait à tourner.

—Mais, demanda le jeune M. de La Tour-Villiers à son hôte, comment pourrai-je savoir si le vent change?

Le châtelain ouvrit des yeux gros comme ceux d'un bœuf, regarda le naïf jeune homme avec une admiration émerveillée, et lui répondit:

—Ne vous inquiétez pas, cher ami, votre cœur vous le dira.

Le chasseur novice se demanda bien ce qu'il pouvait y avoir de commun entre le vent et son cœur, mais il était à un âge où les choses les plus sérieuses traitent le cerveau en hôtel garni et n'y demeurent que le moins possible.

La chasse fut heureuse, on tua deux loups.