UN REPORTER
M. Octave Feuillet vient de donner une comédie nouvelle, ou plutôt un drame: Le Sphinx, au Théâtre-Français.
La première représentation a été fort brillante; la Comédie-Française a encore, Dieu merci, conservé les bonnes traditions. Ses loges ne se vendent point hors de son bureau de location, et soit que sa surveillance soit plus active, soit que son titre de première scène parisienne en impose aux marchands de billets, ces industriels trafiquent peu autour de son guichet.
Peu de joli monde, mais du beau monde; pour une fois, ça vaut mieux et cela repose.
La partie féminine se compose des dames de l'Académie française et des femmes des hauts fonctionnaires, enfin des dames du monde à qui leurs goûts ou leurs relations ouvrent à deux battants la porte de la maison de Molière.
Le Sphinx, ainsi se nomme la comédie de M. Feuillet, avait mis sens dessus dessous le faubourg Saint-Germain; on y savait que ce n'était autre chose que la charmante nouvelle de Julia de Trécœur mise en pièce.
Or, dans la nouvelle, mademoiselle de Trécœur est une héroïne on ne peut plus aristocratique. Quand dans un livre d'un auteur de marque, l'héroïne est prise dans le grand monde, le noble faubourg s'émeut et se demande qui l'auteur à voulu peindre.
Là, comme ailleurs, on est assez médisant; il arrive presque toujours qu'au lieu de l'original demandé on en trouve trois ou quatre.