—Je ne demanderai certainement pas un nouvel ajournement, monsieur le président.


Et Lamirande, comment se prépara-t-il pour le jour de l'épreuve? Depuis des semaines il avait demandé à toutes les communautés du pays de se mettre en prière. Maintenant, il télégraphia à toutes celles qu'il pouvait atteindre pour les exhorter à redoubler leurs supplications. Il visita toutes les maisons religieuses d'Ottawa pour solliciter leur aide spirituelle. Puis, il se renferma chez les pères capucins et passa les trois journées du samedi, du dimanche et du lundi dans le jeûne le plus rigoureux et la prière la plus ardente. Il avait donné rendez-vous à Leverdier, dans la bibliothèque du parlement, à sept heures et demie du lundi soir.

—Eh bien! dit-il en voyant son ami, aucune nouvelle de Mgr de Montréal?

—Aucune, répondit tristement Leverdier.

—Que la volonté de Dieu soit faite!

—Mon pauvre cher ami, que tu dois souffrir et que je souffre pour toi!

—Je te remercie de tes sympathies, Leverdier, elles me sont très douces; mais tu as tort de me plaindre: je ne souffre pas du tout. Je n'ai jamais été plus calme qu'en ce moment, et rarement plus heureux.

—Mais l'autre jour tu semblais redouter beaucoup la terrible épreuve qui t'attend tout à l'heure.

—Je ne la redoute plus. Sans doute, la chair se révolte contre l'humiliation; mais l'âme, avec la grâce de Dieu, peut dompter la chair et éprouver, dans cette victoire, un bonheur indicible.