—J'ai comme un bandeau sur les yeux de l'intelligence; il y a comme un voile qui me cache la lumière... Si je pouvais le déchirer!

—Aucun pouvoir humain ne peut ni enlever ni déchirer ce bandeau, ce voile, qui est très réel, nullement imaginaire. Nous, les croyants, nous le connaissons, l'Église le connaît, puisque, au jour solennel du Vendredi saint, elle demande à Dieu de l'enlever aux Juifs: “Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum...” Veux-tu réellement que ce bandeau soit enlevé, non de ton intelligence, car il n'est pas là, mais de ton cœur—de corde tuo?

—Sans doute, je le voudrais!

—Ah! Tu le voudrais! Je te demande de me dire je le veux. Je le voudrais et je le veux, tu le sais comme moi, n'ont nullement la même signification. Je voudrais n'a jamais soulevé une paille, tandis que je veux transporte les montagnes. Des milliers de gens qui descendent en enfer ont répété toute leur vie: je voudrais me sauver... Voilà, mon ami, la différence entre je voudrais et je veux.

—La différence est grande, je le comprends. Aussi, je ne dis plus je voudrais croire, mais je veux croire.

—Eh bien! si tu veux réellement croire tu vas prendre les moyens d'y arriver. La foi est un don gratuit de Dieu, sans doute. Comme tu disais, l'autre jour, Spiritus ubi vult spirat. Seulement, il ne faut pas abuser de ce texte. Il ne nous dispense pas de tout effort. L'esprit de Dieu souffle où il veut, mais il souffle sur celui qui s'en montre digne. Le libre arbitre et la grâce, la part de l'homme et la part de Dieu dans lœuvre du salut, voilà un profond mystère. Chose certaine, toutefois, c'est que, pour le salut, il faut la grâce et la correspondance à la grâce, l'aide de Dieu sans laquelle l'homme ne peut rien faire d'efficace, et l'effort, le je veux de l'homme sans lequel la grâce de Dieu resterait sans effet. Car Dieu, comme dit saint Augustin, qui nous a créés sans nous, ne nous sauve pas sans nous. Et bien quil ne donne pas les mêmes grâces à tous, à tous Il en donne assez pour les sauver s'ils voulaient y correspondre. En ce moment, il te donne la grâce de dire je veux croire. À toi de correspondre à cette grâce en demandant la foi. Tu connais les prières de l'Église. Promets-moi de réciter, chaque jour, d'ici à quelque temps, trois Ave Maria et le Salve Regina, pour obtenir la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de Marie.

—Et tu penses que cela sera suffisant pour m'obtenir la foi?

—Je sais que cette prière, faite dans l'intention de correspondre à la grâce que Dieu te donne de désirer la foi, t'obtiendra une nouvelle grâce. Cela, j'en suis certain. Quelle sera la nature de cette nouvelle grâce? Sous quelle forme se présentera-t-elle? Quand se présentera-t-elle? Je l'ignore, naturellement. Tout ce que je sais bien, c'est que toute grâce à laquelle il y a correspondance, de notre part, nous attire une nouvelle faveur, infailliblement. Par exemple, prends bien garde de résister à cette nouvelle grâce quand elle s'offrira. Elle peut arriver tout à coup; elle peut ne faire que passer devant toi pour ne plus jamais revenir.

—Si je pouvais voir quelque miracle, quelque manifestation du surnaturel!

—Mais tu pourrais voir ressusciter un mort sans obtenir la foi!