Madame.—Si tu parles tabac, je te rappellerai ton marchand de cigarettes toutes faites. C'est sans doute l'associé d'un garçon de café. Il les offrait dans une boîte à Palmers, «moins chères qu'à n'importe quel bureau», disait-il.
Monsieur.—Soit. Mais tu nous as amené ce professeur de piano qui glisse ses cartes-prospectus dans les goussets et les corsages.
Madame.—Et toi, cette veuve qui tâte les hommes en dansant pour se chercher un mari vert; cette forte dame qui montrait son cancer; et cette autre, décolletée jusqu'à l'âme, qui nous a demandé s'il n'y avait pas de billard ici. Elle voulait organiser une poule au gibier. Faut-il encore te reprocher ta femme à poils? C'est scandaleux: elle cultive, soigneusement, à égale distance de ses deux seins, trois poils énormes. Les messieurs veulent voir et, pour voir, dansent avec elle. De telle sorte que cette grosse toupie, malgré sa lourdeur, arrive à tourner toute la soirée.
Monsieur.—Tu es dure. Je voudrais que quelqu'un de nos invités nous écoutât dans un coin. À mon tour! Je note:—Un vieux monsieur, aux moustaches de mastic; il reconduit et se contente de reconduire (on l'affirme; c'est son bonheur et sa gloire!) trois cent soixante-cinq femmes par an, jamais les mêmes. Je ne le trouve que grotesque. Passons. Un acteur; il déclame la Nuit d'Octobre comme Musset devait la déclamer dans ses beaux jours, quand il était saoul.—Un compositeur de musique; il a inventé une nouvelle méthode pour chanter: «Je voudrais être votre pantoufle!»—Un danseur de son métier; il prétend, à chaque pas, que notre parquet est garni de clous, empoigne une bouteille, et, du cul de ladite, leur fait sauter la tête.—Un grand poète célibataire, il murmure aux dames: «J'ai soif; et, si vous n'avez pas soif, j'ai soif pour vous. Venez donc boire.» Ce grand poète pousse trop à la consommation. Nous le supprimerons.—Un petit poète marié. «Du courage, lui dit sa femme mûre, récite bien tes vers et je te donnerai un franc, demain, pour tes folies.»—Un peintre, enfin, si sale qu'il devrait s'envelopper dans du papier. Mais nous le garderons provisoirement, car j'espère lui faire colorier, à l'œil, le bas du placard de notre cuisine...
Inutile de remarquer que, ceux-là, c'est toi, incontestablement toi, qui les as raccrochés.
Madame.—Permets! Tout le monde est parti. Tu peux te montrer convenable.
Monsieur.—Vrai, tu as cela dans le sang: tu ne rencontrerais pas un monsieur un peu décoré sans lui dire: «Psit! psit! venez donc chez moi, mardi soir, on s'amusera!»
Madame.—Tu m'impatientes, à la fin.
La bonne, entrant.—Madame, il reste encore un vieux chapeau au vestiaire.
Monsieur.—Étonnant ce vieux chapeau qui reste toujours! Où est sa tête? Je ne comprends pas. Que nos invités se trompent de nippes, se volent, mais qu'ils s'arrangent et ne nous laissent pas leur friperie. Qu'est-ce que ce vieux chapeau fait là?