—Tenez, nous ne sommes pas bégueules. Madame Bornet, est-ce que votre mari porte de la flanelle?
—Oui, mais très peu.
—Pas de chance! comment faire? Monsieur Bornet, vous n'êtes guère aimable. Une indication nous aurait suffi. Retroussez vos manches jusqu'au coude. Nous suppléerons le reste.
—Il veut qu'on le prie, dirent les hommes.
M. Bornet hésitait entre la crainte de ne pas jouer son rôle et celle de le mal jouer. Au bord de sa chaise, prêt à se lever, flatté comme l'artiste célèbre auquel on demande «ne serait-ce qu'un couplet», il jouissait des yeux fixés sur lui, des bouches entr'ouvertes, des mains tendues et frémissantes.
—Soit, dit-il, puisque vous l'exigez!
Il ôta son paletot et l'écarta soigneusement sur le dossier de sa chaise.
—Je réclame votre indulgence, dit-il, pour trois raisons. D'abord ma femme exagère ou se trompe peut-être. En second lieu, je n'ai pas encore exécuté l'orang en public. Enfin, et ceci vous surprendra, je vous affirme que, de ma vie, je n'ai vu d'orang!
—Vous en avez plus de mérite, lui dit-on.
Il y eut un remuement de sièges. On se prépara à la peur. Les dames se serrèrent, coude à coude, autour de la table, et les messieurs, nerveusement, sucèrent leurs cigarettes, s'enveloppèrent de fumée.