M. Émile repoussa la fourche avec tant de force, qu'elle enfonça dans le foin ses trois dents, profondément, et toute droite, se tint tranquille, comme une bête hargneuse matée.
La poule dans son nid demeurait indifférente, tout entière à son œuvre.
Autour d'eux, l'infini travail du foineau se continuait. L'univers des brins de paille et de foin bruissait faiblement, comme une chute de grésil. Aux tuiles, aux lattes, aux poutres, avec entêtement, les araignées accrochaient leurs délicats jeux de patience. Quelques-uns se fondaient en une seule tente fine, sans pli et sans déchirure. Des toiles isolées semblaient des débris de papier décollé par l'humidité dans une chambre inhabitée. Une araignée solitaire glissait sur son filet, défiante, l'allure oblique. Une hirondelle entra, fusa, enleva la toile et l'araignée et sortit, d'un trait.
Soudain la poule, prise d'effarement, donna des coups de bec dans le vide et, avec un lourd déploiement d'ailes, caquetante, franchit les deux corps enlacés et s'en alla tomber en pleine cour. Une de ses plumes égarée, entraînée par le sillage de l'air, tourbillonna molle, fut saisie par les doigts invisibles du vent, s'anima, monta et s'évanouit, envolée comme un oiseau, vivante.
Françoise dressa la tête. Mme Lérin appelait:
—Françoise, Françoise, où êtes-vous donc?
—Voilà! voilà!
Mais hébétée, elle ne bougeait pas, serait restée là, quand M. Émile, bien avisé, grimpa jusqu'au nid de la poule, y plongea la main, prit l'œuf et le tendit à Françoise.
Elle descendit rapidement l'échelle.
—Qu'est-ce que vous avez donc fait? dit Mme Lérin, que vous êtes couverte de foin?