—C'est plein d'œufs, là-haut, dit Françoise: j'en ai même cassé un. Tenez, voilà l'autre.

Elle crut remarquer que Mme Lérin persistait à la regarder singulièrement.

—Ça doit se voir, pensa-t-elle.

Mais Mme Lérin, soupesant l'œuf, et le mirant au soleil, lui dit d'un ton naturel:

—Il faut faire attention, Françoise. Les œufs sont rares, cette année, bien plus rares que l'année dernière. Ils n'ont jamais été aussi rares.

DEUXIÈME PARTIE

LE SEAU

À Eugène Bosdeveix.

Cette nuit, on a crié dans le jardin, et ce matin, vers cinq heures, sûr de la présence du soleil, je saute du lit pour aller voir. Mon père et ma mère dorment encore, ainsi que Françoise, notre bonne, assez paresseuse depuis quelque temps.

Je voudrais me rappeler les cris, ou plus exactement les plaintes, mais je ne suis pas de ces personnes douées, auxquelles il suffit d'entendre un air une fois pour le retenir. Il ne résonne dans ma mémoire que des bruits vagues légers comme des œufs vides.