Elle m'a demandé cela, timide, en regardant ses doigts. J'ai promis. J'ai toujours promis, sans hésitation, aux gens qui m'ont paru le désirer, de leur dédier un roman de mon crû où je raconterais leurs histoires. Je fais même l'offre de mon propre mouvement. Quand je couchais avec des filles, je ne manquais point de décliner mon titre d'homme de lettres avec ostentation.

—«J'écrirai sur toi un article dans un journal pour te faire de la réclame!»

Très peu ont accepté cet engagement comme prix d'une nuit d'amour.

Chaque matin, Madame Vernet vient chercher des nouvelles de son roman. J'ai pris au lycée l'habitude de dormir, avec l'air de lire mon livre, les coudes cimentés sur la table, le menton au creux de mes mains. Encore aujourd'hui, il me suffit de m'asseoir dans cette attitude pour provoquer le sommeil. Madame Vernet s'y trompe. Elle attend que j'aie fini de travailler, que je me réveille, retient son souffle et ses gestes, en arrêt sur mon inspiration, coite comme une perdrix surprise.

—«À la bonne heure!» dit-elle, si je me retourne, les yeux clignotants.

Elle veut voir. Je la repousse avec fermeté.

—«Non, quand ce sera fini!»

madame vernet

N'allez pas vous fatiguer, vous tuer pour moi.

henri