LA PLAGE

Celle de Talléhou est toute petite. On marche pieds nus sur un sable fin et doux comme un ventre de femme. On se baigne sans cérémonies. Une femme debout au creux d'un rocher, la main en garde-crottes sur ses yeux, feint de regarder quelque chose au loin, un vapeur. On cherche.

Cependant elle se déshabille par escamotage: on la retrouve en costume de bain.

Avec des gestes chasseurs de mouche, elle s'avance à la rencontre de la mer. Elle pousse des cris, et s'exerce à sautiller en l'air, comme un jouet mécanique, à se jeter sur la tête, les épaules, les seins, des pleines mains de sable mouillé et de filandreux varech. La mer a beau faire le chien couchant: dès qu'elle s'approche, la baigneuse s'enfuit, plaintivement gloussante, vers son rocher.

C'est ainsi que se baignent presque toutes ces dames. Galamment, le maire avait fait planter deux poteaux, tendre des cordes «pour faciliter leurs ébats natatoires», disait-il. Elles eurent peur, non de l'eau, mais de ces cordes, qui se tordaient comme des serpents dans leurs jambes. En outre, elles prétendaient qu'on apprend mieux à nager sur le bord. La mer, en colère, a roulé les cordes, arraché les poteaux, emporté le tout.

Ces dames adorent les rondes entre elles, se tiennent par la main. Elles tournent, fouettées d'éclaboussures, frénétiques avec des rires de sauvagesses qui vont faire un bon repas, manger le missionnaire garrotté et cuisant à petit feu.

De temps en temps un baigneur aimable les avertit.

—«Doucement, Mesdames. Pas par là: vous vous trompez. La mer est de ce côté.»

une baigneuse

Tous les jours c'est la même chose. Qu'il pleuve ou vente, je prends mon bain. Le docteur me l'a recommandé.