Il s'arrête, tousse, crache, dit: «J'ai avalé de travers!», et prend ses dispositions à côté du pêcheur Cruz, le buste hors du bateau, la figure fouettée d'embrun au choc des lames, prêt à tomber, bon à noyer.
C'est la débâcle des estomacs. Le bateau bondit, se cabre. D'un coup de barre, Cruz donne debout dans une vague qui retombe en pluie fine, mordante, acidulée et bénit notre agonie.
Le bateau conduit à leur dernière demeure des moribonds ramassés çà et là. Nous roulons de bâbord à tribord nos têtes décolorées. Quand je heurte Madame Vernet:
—«Pauvre amie!», lui dis-je.
Elle me répond:
—«Pauvre ami!»
Et nous repartons, chacun en quête d'un coin de terre ferme.
Le marin de Cruz, larguant une voile, meurtrit nos pieds; puis, sur notre invitation, tous les deux se mettent à manger, et il nous semble que c'est nous qu'on gave de nourriture, à coups de pilon dans la gorge, sur notre cœur, qui se gonfle, étouffe!
—«Dites, Cruz, sommes-nous loin du port?»
—«Dame! Monsieur Vernet, j'avons vent debout, j'avons pas vent arrière!»