henri
Non, j'opère seul, sans outil, les manches simplement relevées. Tout le monde peut voir: rien dans les mains, rien dans les pieds. N'achetez qu'une ceinture pour Marguerite, vous savez, une ceinture de gymnastique, avec un anneau, une boucle où je puisse mettre mon doigt.
[XLVII]
LES IDÉES DE MADEMOISELLE MARGUERITE
Elle est singulière. Elle ne fait pas de mots. Elle n'a pas une théorie à elle sur l'homme, l'amour et le mariage. Elle joue, et, si je pose, ne s'en aperçoit pas. Nous parlons de son couvent, des chères sœurs, de ses amies, et nous nous adressons mutuellement des questions de géographie et d'histoire. Il m'est impossible d'en obtenir une confidence graveleuse, dont elle me chatouillerait le creux de l'oreille comme avec une plume. Elle ne cache rien. Elle ignore. Je tâche de connaître sa pensée de derrière les reins: elle n'en a pas. C'est surprenant! Elle sort du couvent et n'est point corrompue jusqu'aux moelles. Elle a lu sans les comprendre les inscriptions des cabinets; elle a passé entre les mignarderies perverses des petites amies et les sensuelles chatteries des sœurs, candide, toute fraîche. Voilà qui me déroute.
Je m'acharne en confesseur.
—«Qu'est-ce que vous faisiez au couvent?»
Elle recommence avec volubilité:
—«On se levait, on priait, on mangeait. On repriait, on faisait la classe, on cousait, on jouait, on se couchait.»