Nous allions voir la mer. Je pris avec moi mes autorités: la Mer de Michelet, la Mer de Richepin. Frappant de petits coups sur les tranches pour en faire envoler la poussière, je me dis:
—Avec ça je suis tranquille!
J'ajoutai à ces deux livres les Paysans de Balzac, pour le cas où je serais obligé de faire quelque excursion en pleine campagne, de causer avec un médecin ou un curé et d'admirer la nature.
—«Vous verrez», me disait Madame Vernet, déjà bruyamment enthousiaste.
Elle était tourmentée par la peur de manquer de vivres. Je lui offris de porter un panier de provisions. Elle refusa. Je n'insistai pas, car j'étais loin de l'aimer jusqu'à me charger de paquets.
Ainsi, j'allais faire un assez long voyage avec une jeune femme, et je ne songeais pas qu'il me serait possible de mettre à profit l'aventure. D'autres préoccupations m'absorbaient.
Il était neuf heures du matin. Vers onze heures il faudrait manger. À chaque instant Madame Vernet me disait:
—«Je sens la faim qui monte.»
Ou bien encore:
—«J'ai l'estomac dans mes talons.»