Le pied sur le plancher des vaches, le marin jette son or avec indifférence.

henri

Le paysan est avare, et, malpropre, il n'a qu'une chaussette, celle où dorment ses gros sous.

Ainsi chantant notre hymne, nous mettons en strophes égales la grandeur du marin et la bassesse du terrien, tout près de soutenir que ces hommes qui s'agitent ont pêché et vendent leur poisson pour l'amour de l'art. Nous nous élevons ensemble, et nous nous sourions, ivres d'espace, sur des hauteurs.


[XX]

À FOND DE CALE

Dans le petit port, la mer se gonflait sensiblement au soupir du flux, et, après des hésitations timides où s'essayaient ses forces, soulevait une à une les barques échouées. Elles semblaient se réveiller, et, comme de gros insectes noirs surpris par l'eau, faire effort pour reprendre pied. Des femmes assises sur leurs paniers attendaient les pêcheurs de congres. On apercevait déjà le premier au phare de Rocmer. Ses quatre voiles dehors, poussé par le flot, par la brise, cherchant le vent avec le moins d'écart possible, il grandissait et décroissait dans le raz sans cesse en colère. Il dépassait les bouées, les balises, et, s'acculant au flot, prenait son élan, entrait au port, et, tandis que ses voiles s'abattaient avec un grand bruit doux, venait adroitement toucher la cale de son nez, sa vitesse morte.

—«Il a le ventre lourd, disaient les femmes. Vous l'avez empli.»

Mais les marins ne répondaient pas.