Il ne s’agit pas d’affection et de fidélité. Ils couchent une première nuit ensemble et voilà une habitude prise pour la vie. L’un et l’autre ne quitteront le lit commun qu’à la mort.
Ils ne se servent pas de leurs oreillers. Ils les posent la nuit sur une chaise, parce que ces oreillers doivent rester le jour sur le lit, pleins et durs, blancs et frais à l’œil.
— Ça fait joli et il ne faut pas, me dit Mme Philippe, que le monde les voie fripés.
— Cachez-les sous la couverture, personne ne les verra.
— C’est la mode de les laisser dessus.
— C’est cependant si naturel, quand on a un oreiller de le mettre sous sa tête !
— On le place sous la tête, dit Philippe, dans le cercueil. Les héritiers laissent toujours un oreiller au mort.
— Mais ils donnent n’importe lequel, dit Mme Philippe, ils ne sont pas obligés de faire cadeau du meilleur.
Les Philippe couchent sur une paillasse et un lit de plume. Ils ne connaissent pas le matelas. La laine et le crin valent trop cher, et ils ont pour rien la plume de leurs oies.
— J’ai souvent vu, dis-je, sur la route des oies si déplumées qu’elles faisaient de la peine. Je les croyais malades.