— Elles étaient déplumées exprès, dit Philippe, seulement elles l’étaient trop. Il ne faut pas ôter les plumes qui maintiennent l’aile, sans quoi l’aile pend et fatigue la bête.
— Elle doit souffrir et crier, quand on la plume ainsi vivante ?
— On attend, dit Mme Philippe, que la plume soit mûre et se détache toute seule. C’est le moment de la récolter. On la récolte trois fois par an.
— Une ménagère habile ne se trompe pas d’époque, dit Philippe, et elle ne laisse pas perdre une plume. On prétend même qu’une fille n’est bonne à marier que lorsqu’elle saute sept fois un ruisseau pour ramasser une plume.
— C’est une gracieuse légende.
— Oh ! répond Philippe, c’est une blague.
Philippe couche sur le bord et Mme Philippe au fond.
— Est-ce que vous mettez une chemise de nuit ?
— Celle du jour n’est donc pas bonne ? dit Philippe.
Elle est tellement bonne qu’elle dure au moins une semaine et quelquefois deux. Je ne suis pas sûr que Mme Philippe ôte son jupon. A quoi ça l’avancerait-il de tant se déshabiller ? Il y a belle heure qu’ils ne se couchent que pour dormir. Ils dorment d’ailleurs dans le lit de plume comme dans deux nids séparés. Ils y enfoncent chacun de leur côté. Ils y reposent sans remuer, à l’étouffée ; ils y soufflent et ils y suent, et le matin, quand ils ouvrent la porte, ça sent la lessive.