— Oui, monsieur, dit-elle, imaginez-vous qu’il tombe juste à la place qu’il avait si proprement balayée !
A ces mots, Philippe éclate de rire.
Mais Mme Philippe, qui est une femme courte et ronde, ne rit pas. Elle agite ses petits bras de lézard et me dit :
— Entendez-moi, monsieur ; après chacune de ses bêtises, il reste des semaines sans travailler. Il est temps que ça finisse et je lui promets que, s’il recommence à faire le braque, je lui jette un pot d’eau bouillante à la figure !
C’était un beau canard à queue bouclée, gras et de riches couleurs, et qui portait son bec, comme une large barbe, au milieu du visage. Chacun se réjouissait de le manger, mais personne ne voulait le tuer. La servante même, qui le tenait par les pattes, faisait des grimaces. Heureusement, Philippe travaillait non loin de là, au jardin ; il vit notre embarras et dit :
— Apportez-le-moi.
Je prévoyais la scène. J’avais envie d’aller ailleurs. Je me forçais à rester. La servante tendit à Philippe le couperet de cuisine. Après en avoir tâté du doigt le tranchant, il préféra sa serpe. Il appliqua sur une bûche plate le ventre du canard. La tête dépassait un peu, ahurie, presque immobile.
— Attachez-lui la tête avec une ficelle, dit la servante. Je tiendrai le bout, sans quoi il va retirer la tête.
— Il n’aura pas le temps, dit Philippe.
Et d’un seul coup de serpe, tandis que nous fermions les yeux, il fit voler la tête du canard.