Enfin, ils se couchèrent. D’abord, tout alla bien. Mme Philippe, coite, ne bougeait pas, seulement préoccupée de rendre à Philippe, coup pour coup, les baisers qu’il lui appliquait.
Mais quand elle bêla, sursautante, comme le mouton qu’on avait saigné hier :
— Ah ! crie si tu veux, mâtine ! lui dit Philippe, il y a trop de jours que j’attends, je ne peux plus durer.
Tandis qu’il caressait la mariée d’une main légère, d’une main pesante il lui fermait la bouche.
Qu’avez-vous donc à la main ?
— Je me suis coupé un morceau du poignet, dit Philippe.
Il souffre moins qu’il ne s’étonne. Il a pu jusqu’ici couper avec sa serpe, sans une égratignure, des arbres durs, gros comme la cuisse. Or, il veut ce matin couper une mince petite baguette. Il faut croire qu’il vise mal et qu’il y met trop de force. Il manque la baguette et sa serpe lui entaille le poignet jusqu’à l’os. La blessure se cicatrisera, mais elle bâille bien grand. La baguette, restée au bois, l’a échappée belle.
— Je crois qu’il le fait exprès, dit sa femme. A chaque instant, il lui arrive des tours pareils.
Et elle raconte qu’une autre fois il vient de nettoyer un coin de la grange afin d’y battre du blé. Le sol est net comme une table. Philippe grimpe en haut, par l’échelle, pour descendre une gerbe. Sa fourche mal piquée cède et il tombe, en arrière, dans la grange. On le relève avec trois trous à la tête, trois trous qui faisaient une grosse bosse.
Je vois que Philippe, qui écoute sa femme, s’apprête à rire.