— Oh ! moi, je connais tant d’espèces de soupes, dit Mme Loriot, que je vous engage à faire un pot-au-feu. C’est ce qu’il y a de meilleur et de moins difficile.

— Faudra-t-il mettre du pain dedans ? dit Mme Philippe.

— A votre place, dit Mme Loriot, j’y mettrais du vermicelle. C’est plus distingué.

Mme Philippe courut s’approvisionner, et, rentrée chez elle, vida un plein sac de vermicelle dans son pot, avec le bœuf et les légumes.

Et, le soir, elle servit d’abord le bouillon où chacun put déjà goûter quelques brins de vermicelle qui excitèrent l’appétit.

Puis elle servit les légumes et le gros du vermicelle.

Et elle servit enfin la viande de bœuf et le reste du vermicelle qui s’y était collé comme par un jour d’orage.

Mme Corneille fut une fermière économe, et il ne lui arriva qu’une fois dans sa vie d’offrir quelque chose à un de ses domestiques. Il faisait chaud, chaud, ce jour-là ; jamais peut-être il n’avait fait si chaud. Inoccupée et à l’ombre sur sa porte, elle regardait Philippe, alors domestique chez les Corneille, barbouiller de vert une charrue. Coiffé d’un vieux petit chapeau déteint, sans forme, et qui n’était pas de paille, il suait, il fondait, il gouttait. La peau de sa figure devenait rose tendre. Juste sous le soleil, il travaillait tête basse et, observé par sa maîtresse, il écartait la couleur comme un vrai peintre.

Mme Corneille, quoique dure pour les autres et pour elle, ne put se retenir.

— Venez boire un coup, Philippe, dit-elle bourrue.