Quelque espérance reste au cœur d’Émile. Il obtient la permission d’aller voir, au moins, les autres se louer.
Il ne peut durer ce matin au lit. Enfin, son père se lève ; ils partent et personne n’arrive avant eux sur la place où se fait la louée. Par jeu, Émile met à sa bouche une feuille de chêne en signe qu’il est à louer. Comme son père lui dit de l’ôter, il la mange. Il regarde venir les voitures pleines de monde et les bandes de domestiques qui tiennent la largeur d’une route. Tous ne sont pas des environs. Il en est qui viennent de loin. Émile observe de préférence les gamins de son âge qui circulent librement à la recherche d’un maître. Il ne fait pas attention aux colporteurs qui vendent des ceintures, des chaînes de montre et des porte-monnaies. Les femmes se mêlent, à part, aux filles qui veulent être servantes. On se dévisage, on attend des offres, on cause peu ou plutôt, tournant sur pied, on se récrie. Parfois, un groupe se détache et entre à l’auberge.
Tout à coup, un fermier passe devant Émile et s’arrête.
— Est-il loué, ce petit gars-là, dit-il ?
Émile, malade d’émotion, baisse la tête. Philippe répond pour lui :
— Non, il n’est pas loué et il n’est pas à louer.
Le fermier s’éloigne. Les lèvres d’Émile tremblent, grimacent et il se met à pleurer. On rit de son chagrin, autour de lui, moi le premier.
— Écoute, lui dis-je, si tu veux, je te loue à mon service. J’achèterai un cochon, et chaque jour, après la classe, tu viendras le prendre pour le mener au champ. Tiens, mets dans ton porte-monnaie tes quarante sous d’arrhes.
Émile croit que je me moque de lui comme les autres. Il se détourne, chine plus fort et du pied râpe la terre.
Philippe agacé le secoue.