— Voilà, dit-elle, toutes les nippes qui l’enveloppaient quand il nous a quittés. On croirait qu’il est mort.
Depuis neuf heures, le village dort dans le silence.
On ne trouverait pas un chien égaré.
Il n’y a plus que la lune dehors. Inutile, elle répand sa lumière blanche dont personne ne profite et perd son temps à n’éclairer que des choses, la rue déserte, les volets fermés.
Mais, à minuit, un verrou pousse une plainte de gorge malade, la porte s’ouvre et Philippe se montre, pieds nus, en chemise et en bonnet de coton. Il bâille, écarte les bras, se rafraîchit au courant d’air et regarde la lune, stupéfait de la voir encore pleine, bien qu’il l’ait toujours vue régulièrement croître et décroître depuis qu’il la connaît.
Il traverse la cour, va jusqu’au petit mur qui contient le fumier, et autant par habitude que par économie, il pisse.
Il ne rentre pas tout de suite et goûte le calme comme un breuvage.
D’ailleurs, on tire un autre verrou, une seconde porte s’ouvre et le maréchal-ferrant, réveillé par une même cause, sort de sa maison. Il a pris son tricot et ses sabots. Ses premiers regards montent vers la lune.
— Est-elle belle !
Il ne dit que cela.