— Ce matin ; j’étais occupée à mon ménage, quand tout à coup je vois entrer cette belle dame. Je ne savais où me mettre. Elle me dit : « Bonjour, Mme Philippe ; je vous fais, en passant, une petite visite. » Moi je retrouve ma tête perdue et je lui dis : « Vous êtes bien aimable, Madame. » Et je lui offre une chaise pour s’asseoir. « Non, merci, me dit-elle, je ne suis pas fatiguée. » Elle soufflait cependant fort, mais elle préfère rester debout, elle regarde les murs de la maison, l’horloge, le lit, l’arche, et elle me demande des nouvelles du père et des petits, si l’année sera bonne en foin, en blé, en fruits ; et elle parle, elle parle ; je n’ai pas le temps de lui répondre ; puis ça la reprend, elle me dit au revoir et elle sort.

— Si vite ?

— Comme ça.

— C’est drôle.

— Oui, c’est drôle. Qui donc pouvait imaginer que la dame du château entrerait un matin dans la maison d’une pauvre femme comme moi ?

— Personne, Madame Philippe, et j’ai beau chercher, je ne m’explique pas la cause de cette visite.

— La cause ? Mais Mme Delange me l’a expliquée. Elle voulait me voir, par gentillesse, tout bonnement.

— Vous êtes sûre ?

— Rien ne l’y obligeait, je ne l’invitais pas.

— Vous croyez sérieusement, madame Philippe, que c’était une vraie visite ?