— Eh bien ! vous ne me croirez pas, dit Mme Philippe ; j’ai tété charitablement toutes les femmes du pays qui ont eu besoin de moi, et aucune d’elles n’a voulu me téter ; quand je leur montrais mes seins lourds, elles faisaient la grimace et filaient comme des lapins.
Écoute, dit-elle à Philippe, je ne peux plus durer. Cette nuit je n’ai pas fermé l’œil ; je mordais mon traversin, il faut que ça finisse. Prends ta lime, pour limer ma dent.
— Je ne sais pas limer les dents, répond Philippe.
— Je t’ai vu limer du fer comme un serrurier, dit Mme Philippe et tu ne limerais pas une vieille dent ?
— Puisque tu y tiens, dit Philippe.
— Attrape ta lime, dit-elle résolue.
— Quelle bouche ! dit Philippe, tu manges donc ta soupe avec un sabre ?
— N’aie pas peur, dit-elle habituée à cette plaisanterie, entre ton outil et frotte jusqu’à ce que je te crie : arrête ! Ensuite je mettrai sur ma dent du papier d’argent de chocolat.
— Bâille, dit Philippe.
Ce matin Philippe fauche. Il a posé dans un coin son gilet et, vêtu de sa chemise déboutonnée et de sa culotte qui tient toute seule, coiffé d’un vieux chapeau qui n’est pas de paille malgré la chaleur, il coupe aujourd’hui l’herbe de son pré qu’il trouve assez fleurie.