— Faut-il que j’aille te chercher ? Tu ne voudrais peut-être pas !
Mais Jaunette a vu et hésite à peine. Elle s’ébranle et vient toute seule. Elle arrive, le ventre rond, les cuisses écartées sur le pis. Elle apporte le pis pesant à Ragotte, qui le soulage, matin et soir, comme par amitié.
D’un coup de langue, Jaunette attrape les feuilles du noisetier, et Ragotte lui dit :
— Vieille gourmande !
C’est le seul défaut qu’elle lui connaisse, la gourmandise.
Elle le lui reproche, sans malice, comme une parente pauvre peut se permettre de le faire à une parente plus pauvre.
Jaunette s’arrête à chaque pas pour donner des coups de langue rapides à l’herbe de la route. Elle suit le fossé et passe si près du bord que Ragotte tremble. Parfois, un sabot de Jaunette glisse, mais, grâce au ballonnement de son ventre énorme, elle s’équilibre.
Il semble à Ragotte que c’est elle-même qui porte le pis fragile et plein de lait, et elle se raidit de peur d’en perdre une goutte.
Elle dit d’une vache maigre : « Le feu prendrait après ! »
Jaunette conviendrait à un malheureux qui n’aurait pas d’herbe pour la nourrir et qui la mènerait sur les chemins.