Quand elle sort du pré, elle est déjà saoule, et elle mange, le long du mur, comme si elle crevait de faim. Sa mâchoire laborieuse ne refuse rien ; elle mange même où les moutons, qui salissent l’herbe, viennent de passer.
Ragotte, campée derrière elle, est une laide et bonne petite sorcière, qui aura tout à l’heure la puissance de faire jaillir, du bout de sa baguette, une source blanche.
Comme elles ne rentrent pas, Philippe, étonné, ouvre la porte, sort sur la route, et les voit arrêtées. Jaunette, de ses gros yeux troubles, regarde devant elle, et Ragotte regarde à terre.
— Qu’est-ce que tu rumines donc là ? dit Philippe.
— J’attends Jaunette, dit Ragotte ; je ne sais pas à quoi elle pense.
Elle tire la vache (Philippe, qui sait tout faire, n’a jamais su tirer les vaches), une tétine en chaque main, et d’un mouvement alternatif et doux : une, deux ! une, deux ! Tandis que, matin et soir, Ragotte sonne ainsi l’angélus, Jaunette mange encore au râtelier, et, pour payer sa nourriture, elle accorde son lait et ne donne pas de coup de pied dans le seau à traire.
— Si c’était un âne, Ragotte, vous monteriez dessus !
— Oh ! non, dit-elle, il aurait vite fait de faire poulain !
Ce qui veut dire qu’elle serait bientôt par terre, entre les quatre pattes de l’âne.
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