Parfois, quelle importance ! Toutes ces idées qu’elle a en tête ! Le mal qu’elle se donne derrière la volaille ! Ce poulet qui ne grossit pas plus qu’une pierre dans un trou ! Et cette poule qu’elle traite de créature comme si elle voulait la perdre à jamais dans l’estime du monde !
Laveuse.
Mais la grosse affaire, dans la vie de Ragotte, a toujours été le lavement du linge des autres.
Ce qui lui va le mieux, c’est d’aller à la rivière et d’en revenir. Pour qu’elle ait son air le plus naturel, il faut qu’elle soit en laveuse. Sa brouette devant ou sa hotte sur le dos, sa boîte sous un bras, le tapoir et la planche à laver sous l’autre, la mettent à l’aise et lui servent de contenance.
Elle s’adapte si bien à sa brouette qu’elles iraient toutes deux à la promenade, s’il arrivait à Ragotte de se promener. Et Ragotte est tellement lasse, des fois, quand elle revient de la rivière, qu’elle a l’air d’être ramenée par la brouette.
Une laveuse qui n’est pas nourrie a droit à une chopine de vin par jour. Gloriette ne le savait pas et Ragotte ne disait rien. Comme Ragotte lave le linge depuis neuf ans, Gloriette apprend, par hasard, qu’elle lui doit presque une barrique.
— Pourquoi ne réclamiez-vous pas ?
— Oh ! moi, madame, je n’aime pas le vin.
— Vous savez bien, madame Gloriette, ce que c’est qu’un homme qui a bu !… Ou plutôt, non, vous ne le savez pas ! Et quand il boit, que la femme se saoule de travail, si elle veut !
Elle n’a pas le temps, le jour de la lessive, de faire à goûter pour ses hommes. Philippe ne mange que de l’ail.