Ragotte est au coin du feu avec une voisine, la Chalude. Philippe, sans donner la dépêche à Ragotte, puisqu’elle ne sait pas lire, sans même la lui montrer, l’embrasse, ce qu’il ne faisait plus depuis des années.
Ragotte comprend et pleure dans son tablier.
La Chalude, ayant deviné, pleure aussi.
Il y avait beaucoup de monde à l’enterrement. Ragotte a dit :
— Nous avons beau être pauvres, nous ne sommes pas mal regardés !
Elle aura bien du plaisir à se rappeler toutes les personnes qui se sont dérangées.
Mais Philippe n’y était pas. Au dernier moment, il a refusé de mettre une chemise. Il a dit, d’une voix sourde :
« Non, je n’irai pas ! » Et il est allé se coucher sur la paille, près de Jaunette.
Le monde marchait, silencieux sauf la Chalude, courbé contre le vent qui balayait la route. La Chalude, qui ne parle pas vite, mais qui finit tout de même par dire ce qu’elle veut, déclarait à Lucienne :
— Il y a juste treize ans que, à la même époque, au mois de mars, votre frère aîné est mort. J’ai bonne mémoire, je ne me trompe pas. Et quand votre frère aîné est mort, il y avait juste treize ans que votre grand-père était déjà mort. Vous verrez que, dans treize ans, il y aura encore quelque chose pour vous.